Qui veut un concordat géré localement ?


Jean-Louis Hoffet, pasteur retraité, ancien Conseiller régional, a proposé récemment que le budget consacré par l’État au fonctionnement du régime concordataire soit versé au Conseil régional. « C’est le Conseil régional qui voterait alors chaque année une ligne budgétaire et la répartirait entre les différents cultes après large concertation… » Et toujours selon Jean-Louis Hoffet, les imams pourraient aussi bénéficier de subventions de la Région.

Cette proposition est une très mauvaise proposition, et cela pour deux raisons :

De gauche à droite, Jean-François Collange, président de l’Union des églises protestantes d’Alsace-Lorraine, Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg, le grand rabbin René Gutman et le rabbin Claude Heymann

Premièrement, chaque fois que la Région a demandé des transferts de responsabilités de l’État à son profit sans bénéficier de financement qu’elle maîtriserait, la Région s’est retrouvée perdante avec une dotation de l’État qui évolue moins vite que les dépenses correspondantes.

Deuxièmement, et surtout, les responsables alsaciens des cultes reconnus, catholique, protestants et juifs demanderaient très vite que soient étendus à l’islam les dispositions du régime concordataire. Un article de la revue « Ensemble », journal des églises protestantes de la région de Strasbourg, numéro de septembre 2012, le dit explicitement.

La participation de l’archevêque de Strasbourg, du grand rabbin de Strasbourg et du président de l’union des églises protestantes à l’inauguration de la grande mosquée marocaine de Strasbourg le 27 septembre 2012, illustre bien l’évolution – voire le détournement – de l’esprit concordataire. Ce que la presse locale appelle le « dialogue inter-religieux » devrait être désigné comme le « partage inter-religieux » de la manne de 58 millions d’euros que l’État verse chaque année pour les ministres des cultes. Les responsables catholiques, protestants et juifs en Alsace et Moselle ont senti la balles siffler près de leurs oreilles. En effet, le candidat Hollande, pendant la campagne des présidentielles, avait annoncé qu’il ferait inscrire dans la Constitution les lois de laïcité de 1905 ; ce qui revenait purement et simplement à abroger le statut concordataire. Mgr Grallet, MM. Gutman et Collange ont pensé qu’il valait mieux partager que tout perdre.

Malheureusement, ce raisonnement est voué à l’échec. Cette stratégie est une stratégie de défaitisme, la stratégie de ceux qui ont déjà renoncé à défendre l’identité et les spécificités de notre région. Les Alsaciens en général, les régionalistes en particulier, demeurent très attachés au concordat authentique. Il n’y a aucune raison, historique ou juridique, de transformer le régime et d’y inclure l’islam.

En vertu d’un usage et d’une règle non écrite, il n’y a jamais eu de minarets en Alsace. Le maire de strasbourg transgressera-t-il cet accord ? Avant de prendre une décision, il serait juste et démocratique de consulter les Alsaciens par référendum.