Éric Zemmour, journaliste de talent dont nous apprécions toujours le courage et le franc-parler, et souvent les analyses, a signé récemment dans Le Figaro un article avec lequel nous sommes en profond désaccord. Jacques Cordonnier, président du mouvement régionaliste Alsace d’Abord, a adressé à Éric Zemmour le commentaire qui lui a inspiré cet article. Nous publions ci-dessous le contenu de cette lettre. Nous reproduisons également le texte de l’article paru dans le Figaro du 27 février 2009.
Monsieur Éric ZEMMOUR
LE FIGARO
14 bd Haussman
75438 PARIS CEDEX 09
Strasbourg, le 7 mars 2009
Cher Monsieur Zemmour,
Permettez à un Alsacien qui aime sa région et qui croit en l’Europe de commenter votre billet paru dans le Figaro le 27 février 2009 consacré aux travaux du comité Balladur.
Vous avez raison lorsque vous parlez du retour du colbertisme et de la situation difficile des Régions, mal traitées par le comité Balladur.
Mais vous avez plusieurs fois tort, une fois n’est pas coutume :
Ce ne sont pas les populations qui rejettent les Régions, ce sont les parlementaires et les présidents de Conseils généraux.
Accorder un avenir radieux aux grandes métropoles ne signifie pas le refuser aux Régions.
Enfin et surtout, ce qu’on peut dire de la Région Centre, du Limousin ou de Midi-Pyrénées ne s’appliquera pas à l’Alsace. Vu de Paris, il peut vous sembler difficile d’imaginer un traitement différencié des Régions françaises. C’est pourtant ce qui finira par arriver. Car l’Alsace, région frontalière forte de sa double culture, de sa situation dans le bassin rhénan, de son histoire mouvementée, de ses particularismes qui sont autant d’atouts pour l’avenir, a besoin d’une organisation institutionnelle particulière. Ce sont les Alsaciens eux-mêmes qui vont l’exiger de leurs élus. Les deux départements alsaciens et la Région ne formeront bientôt qu’une seule entité. Cela viendra plus vite qu’on ne le pense.
Recevez, cher Monsieur Zemmour, mes meilleures salutations.
Jacques Cordonnier
Article d’Éric Zemmour, paru le 27 février 2009 dans Le Figaro
Le déclin des Régions
Par Éric Zemmour
Elle fut une star. Longtemps, elle symbolisa l’avenir. Les « modernes » de droite et de gauche avaient les yeux brillants quand ils prononçaient son nom en allemand : Land. La Région avait ringardisé le département ; elle devait même remplacer l’Etat-nation, au sein de la glorieuse « Europe des régions ». Si le comité Balladur est écouté, les Régions perdront pourtant leur compétence générale. Leur liberté de se mêler de tout. Cantonalisées, départementalisées. Recadrées sur des missions économiques.
Les circonscriptions administratives furent historiquement liées au mode de déplacement. Le paysan se rendait à pied dans sa commune, avant de rentrer chez lui, à la nuit tombée. Le chef-lieu du département était de même atteint en une journée de cheval. La région était liée à l’automobile. Le TGV a tué la région. Et redonné des couleurs au colbertisme. Nos Régions ne seront jamais des Länder ou des Generalidades. Rhône-Alpes ne sera jamais le Piémont. Nous n’avons pas cette histoire ; nous ne l’aurons jamais. La France est un peu comme ces pays sous-développés qui passent directement au téléphone portable, sans passer par le fixe, et sautent directement à la technologie la plus récente. L’avenir appartient aux grandes métropoles qui, à l’instar du Grand Paris, peuvent accueillir sans ridicule des sièges sociaux. Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Lille, Strasbourg. Bordeaux pour faire plaisir à Juppé.
La Région fut un rêve d’élites. Jamais les populations locales ne s’y sont attachées. Au contraire de la commune, mais aussi du département, comme l’a montré la picrocholine guerre des plaques d’immatriculation. La Fontaine aurait aimé l’histoire de la Région : celle de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ; et finit par éclater.