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Südtirol-Alsace, histoires croisées
Bernard Wittmann
-  Éditions Nord Alsace




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Quelques réflexions sur le voile islamique


Fallait-il faire une loi ou pas ? Cette question a agité la classe politique pendant une grande partie de l’année 2003 : journalistes, sociologues, philosophes, responsables religieux, tout le monde a donné son avis sur un problème qui n’est au fond que la partie visible de l’iceberg.

Les dramatiques conséquences du regroupement familial

(JPEG) Il n’y a d’affaires de voile que parce qu’il y a des femmes musulmanes en France. Avant 1976, il n’y avait pas de musulmanes dans notre pays, ou très peu. Entre 1962 et 1976, l’immigration originaire des pays du Maghreb ou de Turquie était une immigration de labeur. Les Algériens, Marocains et Tunisiens venaient en France pour y travailler et rejoignaient pendant les vacances leurs familles restées au pays. À partir du 29 avril 1976 le regroupement familial a été organisé : À partir de cette date, les immigrés ont pu faire venir leurs femmes et leurs enfants, faisant ainsi souche dans notre pays. C’est ainsi qu’en 1976 l’immigration a changé de nature, elle est devenue une immigration de peuplement (lire le texte « de l’islam ». Qui a institué le regroupement familial ? Ce n’est pas le PS... c’est Jacques Chirac. Il porte l’écrasante responsabilité d’avoir changé en profondeur le visage de la société française. Il est ainsi à l’origine des maux qui déchirent depuis plus de vingt ans le tissu social français.

Une loi, un décret ou un arrêté ?

Jacques Chirac a imposé le regroupement familial sans recourir à la loi. Vous pensiez peut-être que pour mettre en place un tel bouleversement de la société française, les parlementaires, représentants du peuple français, ont débattu pendant des mois, après avoir auditionné des experts et mis en place des commissions et des groupes de travail ? Eh bien non ! C’est par un décret, un simple décret, que le 23 avril 1976 Jacques Chirac a imposé la plus funeste mesure qui ait jamais été prise en France depuis la fin de la dernière guerre. En comparaison, l’interdiction du voile ressemble à une peccadille que l’on aurait pu et dû régler depuis longtemps par un simple arrêté ou décret.

Jospin, Bayrou : les premières reculades

Les litiges liés au voile islamique empoisonnent l’Éducation Nationale depuis quinze ans. Si Lionel Jospin en 1989, puis François Bayrou en 1994, alors ministres de l’Éducation, avaient été courageux, ils auraient dû faire prendre par leur gouvernement une mesure d’autorité contre le voile, signe politique plus que religieux, signe de discrimination et d’aliénation de la femme, attentatoire à sa dignité. Au lieu de cela, Jospin a refusé de trancher et s’est défaussé sur le Conseil d’État, et François Bayrou s’est contenté d’une circulaire au sein de l’Éducation Nationale ; ces pitoyables demi-mesures font qu’aujourd’hui les décisions prises par les chefs d’établissement scolaires sont presque toutes annulées par les tribunaux.

Sarkozy et l’islam

(JPEG) La recrudescence des affaires de voile remonte au printemps 2002. C’est aussi à cette époque que Sarkozy s’activait pour organiser le culte musulman par la création le 13 avril 2003 du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) et des CRCM (Conseils Régionaux du Culte Musulman). Ce n’est pas un hasard. En prétendant donner aux musulmans en France un organe représentatif, Nicolas Sarkozy a consacré la prééminence des fondamentalistes de l’UOIF (Union des Organisations islamiques de France) (lire l’article « Conseil du Culte Musulman »). Dans notre région, Alsace d’Abord avait dénoncé dès 2002 les dangers que recelait l’élection des Conseils Régionaux du Culte Musulman. Car en Alsace aussi, c’est la liste des fondamentalistes de l’UOIF qui a gagné. Aujourd’hui les musulmans disposent d’organes officiels pour faire valoir leurs revendications. Il ne faut pas s’étonner dès lors, que les conflits sur le port du voile se multiplient.

L’islam n’est pas une religion européenne

Il semble que les ministres UMP ne connaissent de l’islam que ce qu’ils apprennent par les notes de leurs conseillers en communication, c’est-à-dire rien. Ils en sont encore à parler du voile comme d’un signe religieux, sans appréhender la dimension politique de l’acte d’appartenance à la communauté islamique qu’est le port du voile. Ils en arrivent ainsi à mettre sur un pied d’égalité l’islam et les religions européennes que sont les religions catholique, protestantes et juive. Par ailleurs, on entend de plus en plus souvent dans la bouche des partisans de la « loi » qu’il faudrait interdire tout signe religieux ou politique dans l’ensemble du secteur public. Est-ce à dire que l’État employeur aura la faculté d’interdire le port du voile à ses agents, mais que les entreprises privées se verront privées de cette faculté ?

En Alsace, défendons le droit local des religions

(JPEG) En Alsace, comme en Moselle, le statut des cultes revêt une importance encore plus grande. Un sondage des Dernières Nouvelles d’Alsace publié le 8 octobre 1998 a établi que 76 % des Alsaciens sont attachés au droit local des religions. Ils sont favorables au maintien du statut concordataire qui accorde des prérogatives aux cultes reconnus (catholique, réformé, luthérien, juif) et sont hostiles à son extension à l’islam. Cela n’avait pas empêché l’ancien maire de Strasbourg, Catherine Trautmann, d’envisager la création d’un centre de formation d’imams à Strasbourg et d’une chaire de théologie musulmane au sein de l’Université Marc Bloch. Ce qui est inquiétant, c’est qu’aujourd’hui les responsables politiques alsaciens de l’UMP, Robert Grossmann et Arlette Grosskost en tête, semblent suivre la même piste, en rêvant à haute voix d’un islam alsacien, français et européen. Nous reposons la question : sont-ils naïfs ou complices ?

Des musulmans dans la haute fonction publique

Pour s’attacher les faveurs du vote musulman aux prochaines élections présidentielles, Sarkozy n’est jamais à court d’idée. La discrimination positive est la grande trouvaille de l’ancien ministre de l’intérieur : nommer des musulmans dans la haute fonction publique, « au niveau le plus élevé », à raison de leur appartenance religieuse. Que les articles 1 et 6 de la Constitution ne le permettent pas, peu importe. S’il le faut, on changera la Constitution. L’UMP détient pour le moment presque tous les leviers du pouvoir ; elle en profite pour verrouiller et cimenter la transformation de la société française dans un sens totalement opposé aux vœux de ses électeurs.

Le mouvement Alsace d’Abord... en 1989 déjà

(JPEG) Les élus du mouvement Alsace d’Abord ont tiré la sonnette d’alarme depuis bien longtemps. En 1989 et en 1993 déjà, nous avions mené de grandes campagnes contre l’arrivée des voiles islamiques dans les écoles d’Alsace. Nous étions en opposition avec l’ensemble des responsables politiques. Ceux-ci, au lieu d’anticiper et de prévoir, ont agi à l’époque en simples comptables de leur cote de popularité, angoissés à l’idée de ce que les journalistes pourraient écrire à leur sujet.

L’échec de l’intégration

Faire une loi sur le port du voile à l’école est d’abord et avant tout un aveu d’échec : l’échec de l’intégration. La loi laïciste qui entrera en vigueur en septembre 2004 diminuera, peut-être, le nombre de voiles à l’école, mais elle les multipliera dans la rue. Et cette loi ne s’attaquera :
-  ni aux mariages forcés,
-  ni au diktat des grands frères,
-  ni aux réseaux islamiques de la drogue et de la contrebande,
-  ni à aucune des pratiques violant ouvertement la loi française.

Oui, de graves menaces pèsent sur la société française, et l’Alsace n’est plus épargnée : montée de la violence, du chômage, délocalisation des entreprises, détérioration des comptes sociaux, situation dramatique des caisses de retraite. Si demain la Turquie devait entrer dans l’Union Européenne, comme le souhaite Jacques Chirac, les conséquences économiques, sociales et démographiques seraient désastreuses. Heureusement, les prochaines élections européennes de juin 2004 donneront aux Alsaciens et aux Français l’occasion d’indiquer quel avenir ils entendent donner à leurs enfants.






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